Le désir liquidé

Le désir liquidé

Entretien paru dans Les Inrockuptibles en août 1998
Propos recueillis par Bertrand Leclair & Marc Weitzmann


À l’occasion de la parution du détonant Les Particules élémentaires en 1998, Michel Houellebecq s’expliquait sur ses ambitions, ses influences, ses incertitudes philosophiques et son goût pour la contradiction.


Ce titre, Les Particules élémentaires, s’est-il imposé tôt ?
Oui. Il recouvre à la fois l’esprit scientifique du livre et une conception, proche de celle de Bret Easton Ellis, d’un univers social où les individus se voient comme des particules élémentaires. Du coup, il produit un peu le même effet de style que le titre de mon premier roman, Extension du domaine de la lutte, qui pouvait être lu pour le contraire de ce qu’il signifie.

Que penses-tu du qualificatif de « roman fin de siècle » que l’on peut être tenté de lui accoler ?
Je préférerais qu’on le voie comme un roman de la sortie, une tentative pour sortir des enjeux du XXe siècle, pour aborder le fond du problème religieux, la souffrance qui en découle, et certaines questions philosophiques, particulièrement la non-prise en compte de l’évolution de la science physique par la pensée.

Le désir liquidé

Tu as multiplié les repérages pour l’écrire, ce que ce soit au camping mystique L’Espace du possible ou bien dans les boîtes à partouze.
Je connaissais L’Espace du possible avant. Par contre, c’est pour écrire Les Particules élémentaires que je me suis intéressé aux boîtes à partouze. Je les ai fréquentées pour me documenter, mais du coup j’y suis retourné et, finalement, je n’ai pas détesté. Je suis retourné cet été dans une des boîtes citées, Le Cléopâtre, au Cap d’Agde, et vraiment je n’aurais pas rêvé plus belle confirmation de mes thèses : ils ont installé dans l’une de leurs deux salles un écran vidéo qui diffuse des films pornos en permanence, et les gens ne font plus rien d’autre que de regarder la vidéo. C’est d’autant plus extraordinaire que, du coup, personne ne regarde les quelques couples résistants qui tentent malgré tout de faire des choses. Les gens restent là, hallucinés devant l’écran vidéo.

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